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Bagnes

La boucharde

La boucharde (botsârda)

Armand Bruchez (85 ans) a travaillé la pierre ollaire une bonne partie de sa vie, du côté de Champsec (vallée de Bagnes). Il nous parle d’un outil particulier, la boucharde, conservé à la Maison de la pierre ollaire. Rencontre.

A quoi servait cet objet ?

Ceci s’appelle une boucharde. Elle sert à donner plus de surface de chauffe sur la pierre ollaire. Au lieu que la pierre soit lisse, la pierre est grenée, cela double la surface de chauffe. La pierre de Bagnes est une pierre qui se prête très bien à la boucharde parce qu’elle se laisse pénétrer et puis elle reste encore ferme. (…) A l’intérieur des fourneaux on ne boucharde pas, les trous se bouchent par la suie, la fumée. A l’intérieur, c’est lisse. Pour boucharder, il faut d’abord tracer les bords de la pierre pour faire les lignes et puis à l’intérieur, entre les lignes, il faut boucharder de manière régulière. (…) Dans les fourneaux rénovés, on nettoie la pierre, on la ponce, on la lisse à l’intérieur et à l’extérieur et puis on reboucharde.

Est-ce que cet outil est ancien ?

Il a toujours été utilisé. Même sur les plus anciens fourneaux, les pierres étaient toutes bouchardées. Chaque ouvrier qui travaillait ici (vallée de Bagnes) avait pour ainsi dire sa boucharde. Ils avaient une boucharde chacun. Ils devaient faire la pose des fourneaux d’un côté de l’autre ils avaient chacun leur caisse à outils.

Jusqu’à quand a été utilisé cet outil ?

On l’utilise toujours. Mon fils et mon beau-fils ont un atelier, ils utilisent toujours la boucharde. (…) On les achetait chez les marchands de fer. Chez Veuthey ou alors chez Tornay à Martigny. Dans la construction, ils utilisaient aussi cet outil pour boucharder les chapes dans la maçonnerie, pour que ce soit moins lisse. 

Jusqu’à quand avez-vous travaillé la pierre ollaire ?

J’ai commencé à travailler avec mon papa quand j’étais petit et puis après la guerre (2ème Guerre mondiale) il est arrivé le mazout. Alors les fourneaux en pierre ollaire, ils les amenaient à la décharge et ils achetaient des calorifères à mazout parce que le mazout était tellement bon marché à ce moment-là (…). Alors les pierres ollaires ils les expédiaient.

Je voulais continuer le métier de mon papa mais mon papa il m’a découragé. Alors j’ai fait l’école de commerce et puis après j’ai travaillé sur le barrage de Mauvoisin. Mon papa était de 1892. Mon grand-père, mon arrière-grand-père et mon arrière-arrière-grand-père travaillaient déjà la pierre ollaire. (…)

J’ai travaillé au barrage de Mauvoisin jusqu’en 1958-1960, au barrage des Toules et puis après il n’y avait plus de travail ici pour les transports, il fallait partir sur l’autoroute. Avec mes frères on a réglé l’entreprise de transport. J’ai repris le flambeau, le métier de mon papa à ce moment-là. Avant je faisais les transports de matériaux depuis le Châble ou Martigny.

En 1962 j’ai repris l’entreprise de mon papa. Il y a eu un nouvel intérêt pour le pierre ollaire parce qu’il y avait la maison Kohli de Bex qui fabriquait des brûleurs à mazout. Ils m’ont contacté pour mettre un brûleur à mazout dans le fourneau à pierre ollaire. C’est ça qui m’a permis de repartir avec une nouvelle idée. De pouvoir mettre le mazout à l’intérieur. Ça a marché pendant quelques années et puis après le prix du mazout a grimpé.

Aujourd’hui mes enfants, le fils et le beau-fils ils ont chacun leur métier. C’est difficile de lancer quelque chose à côté.

Est-ce que le tourisme a permis un regain d’intérêt pour la pierre ollaire ?

Du moment que les prix du mazout ont commencé à grimper, à ce moment-là les gens se sont de nouveau intéressés aux fourneaux à pierre ollaire, au bois, parce qu’il y avait une quantité de bois dans les forêts. Aujourd’hui, dans les nouvelles maisons de la vallée il y en a qui chauffent tout avec le pierre ollaire.

(…) Aujourd’hui, il n’y a plus de matière première, c’est les anciens fourneaux. Il y a de la pierre qui vient de l’étranger qui est trois fois meilleure marché. En Finlande ils extraient ça avec la pelle mécanique.

Qu’est qui est spécifique à la vallée de Bagnes en ce qui concerne les fourneaux ?

La forme des fourneaux en principe en Valais a été copiée sur Evolène, à savoir des fourneaux ronds ou rectangulaires. Les fourneaux en pierre d’Evolène sont beaucoup plus anciens que les fourneaux en pierre de Bagnes. J’en ai eu vu de 1600-1630. Jusqu’en 1900 en principe (à Bagnes), c’était joliment des fourneaux ronds. Là-haut (à la carrière), ils extrayaient la pierre et ils la dégrossissaient déjà sur place.

La boucharde était-elle utilisée sur les vieux modèles aussi ?

Sur la pierre d’Evolène ou suivant quelle pierre, on n’arrive pas à boucharder, elle est trop dure. La boucharde elle s’écrase dessus. Tandis que dans la pierre de Bagnes ça marque, ça reste. Rien n’a remplacé la boucharde.

Comment étaient décorés les fourneaux ?

Le plus répandu c’était l’année de construction de la maison ou alors l’année du mariage. Le fourneau de mon arrière-grand-père, on a les initiales et la date de la construction de leur maison à Prarreyer. On retrouvait aussi différentes décorations, selon la demande de celui qui commandait le fourneau.

Qu’est ce qui est propre à la pierre ollaire de Bagnes ?

Ce qui est typique de la pierre ollaire de Bagnes, c’est la scie à main. Celle d’Evolène, il n’y avait pas de scie, c’était tout taillé à la pointe. Tandis que la pierre de Bagnes elle se sciait avec les scies américaines. Avec les grosses scies pour les premiers débitages et après des scies plus petites pour les finitions. La pierre de Bagnes est une des pierres les plus malléables en Valais. (…) A Bagnes, la production a démarré surtout depuis 1817-1820, au moment où ils ont trouvé le filon de la carrière de Bocheresse.

Texte & photos Eric Genolet, 2015

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